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dimanche 21 mai 2017

On révise les agrosystèmes et leurs intrants, on découvre qu'il y a des ions dans l'eau, on se dit qu'on ignore tout du monde qui nous entoure, on se dit qu'on irait bien visiter la tête d'autres humains, s'étonner de leurs mondes, la tête d'autres animaux aussi, le buffle et l'oiseau mouche, on se dit qu'on a tout désappris du collège, du lycée, on marche à coeur ouvert, on laisse entrer, on évite le regard de l'homme assis seul avec son café, on regarde la femme aux cheveux roux qui soliloque, on est entre les deux, on s'assied au soleil sur le banc vert, on lit la coiffeuse de Gustafsson, ses mots, "j'étais là assise au milieu d'un immense fatras, un amoncellement de tout ce qui avait été le camp de caravanes (...) et tout le reste autour de moi était comme passé à travers une gigantesque moulinette", on se souvient du geste qu'il avait pour tasser sa cigarette juste avant de l'allumer, on se demande quand tout a disjoncté, on entend les paroles autour, les enfants passent en courant, l'un d'eux brandit fièrement en guise de proue un Marsupilami gonflable, on cherche les traces laissées par les avions qui s'entrecroisent sur le ciel bleu, les arbres respirent, se déploient.
On s'applique.

Captage
Photo Isa D mai 2017
"Ben non moi je sais pas qu'il faut pas marcher sur la pelouse,c’est pas écrit. Chez moi aussi y a un gazon et on fait des barbeuc dessus, alors ! C'est joli Glossac. Blossac ! Ambre, si j'avais écouté comme toi à ton âge, je serais morte. Regarde y sont grosses la poule. Regarde, y sont grosses ! Il faudra qu'on le voit un soir où on sera toutes les deux. Voilà, comme ça il aura pas le choix. Vous savez ça fait 66 ans que je viens là, je venais en landeau avec Maman. Nobody loves me. Et ben pas moi, faudrait être dans leur tête. Faut qu'elle nettoie tout à l'eau de javel. C’est des économies qu’elle fait alors que j'ai acheté plein de produits anti-bactériens. Je lui ai dit "mon fils, il manque 50. Parce qu'au total ça fait 1500 euros". Lily alors là on va avoir un problème parce que moi il me faut de l'ombre. T'es con quand même".
Ce qu'on défaisait, la pelote, nos amateurismes, ce qu'on blessait, ce qui pleurait en nous. Ce qu'on portait, ce qu'on essayait, ce qui ratait. Un oiseau dans la gorge. Ce qui tressaillait. Ce qui cherchait. Ce qu'on devinait. Ce qui aurait pu. Ce qu'on avait voulu. Ce qu'on aurait voulu. Leur joie. Leurs pas solides dans la neige. Ce qu'on étreignait, ce qu'on aurait voulu consoler, ce qui était colère, ce qui apprenait que la vie est coupante, ce qu'on serrait contre son cœur, ce qu'on berçait, la force et la fragilité, ce qu'on aurait voulu panser toujours, l'éclat des mots, ce qu'on aurait voulu toucher comme un aveugle pour mieux les reconnaître,
nos enfants.
Photo Isa D mai 2017

photo Isa D  mai 2017

Photo Isa D  mai 2017

mercredi 17 mai 2017

C'était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe. Camille mâchouillait son bâton de sucette, l’effilochait, léchait ses doigts poisseux. Elle trouvait la vie parfaite, absolument parfaite. Il faisait chaud encore.  Elle s'allongea dans l'herbe, les yeux grand ouverts, bien décidée à ne laisser échapper aucun vœu.
La vie était immense et elle était là. Elle pourrait durer toute la vie même.
Il restait du linge sur le fil. Immobile désormais. Demain Grand-Ma lui demanderait de le décrocher. Elle enfouirait sa figure dedans, pour le plaisir du contact du linge un peu rêche sur sa joue, pour son odeur d'été.
Bientôt, Grand-Ma dirait "il est l'heure de dormir ma Camille". Elle se lèverait. Elle rentrerait, Grand-Ma débarbouillerait ses mains et ses genoux crasseux, avant de la serrer dans ses bras chauds, de l'envoyer au lit.
Sur le chemin jusqu'à la maison, elle écraserait quelques lucioles sous ses pieds nus.

Ecrit à partir du cadeau de Camille D. pour mon anniversaire , une phrase  : "C'était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe".
Alors elle avait bien essayé de te refiler de l'amour, de la couleur, du métissage, ça coinçait.
La saison arc-en ciel c’était pas trop ton truc. Tu étais  plutôt la vase dans les estrans, le sable gris entre les orteils si vite fuyant, le partage des eaux salées.
L'équivoque. La saison basse.
Elle était l'amie solaire, aux cheveux d'astre, Astarté. L'ardente.
Elle portait dans ses mains une terre à naître. La naissance.
Elle avait accompli
ce qui était fuyant
trouvé la juste place.
Tu portais ses mains sur ton cœur. Tu souriais.


Ecrit à partir du cadeau de Marie-Laure C pour mon anniversaire , 5 mots : amour, couleur, métissage, partage, naissance.